Lola Montès

"Lola Montès" de Max Ophüls

Lola Montès

Max Ophüls

1955

116 min.

Lola Montès

Bande annonce

Au XIXe siècle, Lola Montès est une femme adulée, maîtresse de Liszt et du roi Louis 1er de Bavière. Mais la courtisane va connaître une fin de parcours dramatique : elle devient l’attraction principale d’un cirque où elle doit mimer et revivre chaque soir sa destinée, sa grandeur et sa déchéance…

 

Les dernières images d’Ophüls. La Ronde (1950) avait été un succès ; Le Plaisir (1952) un semi-échec ; Lola Montès sera une catastrophe, publique, critique et financière – hélas le dernier film de Max Ophüls, qui meurt deux ans plus tard.

Le film sort à Paris le 23 décembre 1955 et va donner lieu à une véritable bataille d’Hernani. Devant l’échec et la colère du public[1], les producteurs réalisent des coupes, certains dialogues allemands sont traduits en français et le son est remixé. Peine perdue. Fin 1956, le film est une nouvelle fois raccourci et sa structure profondément altérée par un montage désormais « linéaire » (exit les flashbacks). Il faut attendre 1968 pour que le producteur Pierre Braunberger rachète les droits du film et présente à nouveau un montage conforme à l’original. La perception de Lola Montès, sous l’action des ciné-clubs et de certains exégètes d’Ophüls tels que Claude Beylie, s’inverse radicalement.

Pour bâtir cette œuvre hors normes, synthèse de son style et de son savoir-faire, Ophüls avait pourtant dû se faire violence. On lui avait imposé Martine Carol, alors une immense vedette ; le CinémaScope ; la couleur ; la stéréophonie ; la réalisation de trois versions différentes (en anglais, français et allemand) qui témoignent en creux du cosmopolitisme revendiqué du film, dont le récit caracole à travers toute l’Europe. Peter Ustinov (l’acteur et son personnage d’Écuyer), à lui seul, incarne cette aptitude à l’aisance dans tous les pays et tous les milieux.

Une tragédie des apparences. On a beaucoup reproché au film la prééminence du visuel sur le dramatique – distinction du fond et de la forme en elle-même insatisfaisante. Lola Montès, en réalité, questionne les apparences, à plusieurs niveaux. Pour ce qui est du destin de Lola, ses souvenirs viennent régulièrement contredire les boniments de l’Écuyer, à tel point que le contenu des flashbacks permet de douter de leur fiabilité – de la fiabilité de l’ensemble des discours produits sur son destin. Plus généralement, Lola se définit avant tout par sa beauté et sa propension à déclencher le scandale. Ses talents (de danseuse, par exemple) n’ont en effet rien d’évident. Définie par sa seule apparence, évoluant dans un univers factice et artificiel, Lola apparaît comme le produit de son époque, une femme qui clame sa liberté mais n’est jamais libre en réalité ; qui se joue des hommes avant d’en être cruellement le jouet. Le film mise sur une surcharge baroque qui n’est pas sans évoquer Les Contes d’Hoffmann (Michael Powell, 1951), une profusion de mouvements, de décors et de couleurs qui créent le malaise et réduisent souvent Lola à une image – un bibelot parmi d’autres, et pourtant au centre de l’attention d’une société avide de spectacle et de sensationnel.

 

[1]           Les spectateurs quittant prématurément la salle apostrophent ceux qui font la queue pour la séance suivante et leur déconseillent d’aller voir le film.

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Max Ophüls

Année

1955

Durée

116 minutes

Date Sortie française

Vendredi 23 décembre 1955

Auteur(s) / Scénario

Max Ophüls, Annette Wandemant, Jacques Natanson

Format de diffusion

DCP

Détails

Interprètes

Martine Carol (Lola Montès), Peter Ustinov (l’écuyer), Anton Walbrook (le roi Louis 1er de Bavière), Ivan Desny (le lieutenant James), Oscar Werner (l’étudiant)…

D'après

D'après Cécil Saint Laurent

Direction photographie

Christian Matras

Montage

Madeleine Gug

Couleur

Couleur

Production

Gamma Films, Florida Films, Union Films

Distributeur

ADRC/Solaris

Musique

Georges Auric

Son

Antoine Petitjean

Costumes

Marcel Escoffier, Georges Annenkov

Décors

Jean d'Eaubonne

Producteur(trice)

Ralph Baum, Albert Caraco

Pays

France

Critiques

 

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