Le Rideau cramoisi

"Le Rideau cramoisi" d'Alexandre Astruc

Le Rideau cramoisi

Alexandre Astruc

1953

45 min.

VF

Un jeune sous-lieutenant de hussards, en garnison en province, est ébergé chez un vieux couple. Il fait la connaissance d'Albertine, la fille de ses hôtes, en tombe amoureux et, après lui avoir fait une cour assidue, en fait sa maîtresse…

Paradoxes.Né en 1809, Jules Barbey dAureveilly grandit dans une austère famille normande dont il naura de cesse de s’éloigner au cours dune jeunesse tumultueuse lorsque, jeune adulte installé à Paris, il court les cafés et les conquêtes. Jouisseur, « débauché » dans la grande tradition de lun de ses dieux lares, Lord Byron, dAurevilly y gagnera le sobriquet de « Sardanapale d’Aurevilly[1] ». 

Un temps démocrate, en opposition frontale avec les valeurs de sa famille, il retourne pourtant en Normandie, embrassant progressivement un monarchisme et un catholicisme intransigeants à partir des années 1840. Tout en créant le scandale avec des récits marqués par les ravages de la passion et une sensualité aussi vénéneuse que torrentielle. 

Barbey dAurevilly a longtemps été célébré pour ses essais et les flèches décochées par ce redoutable (et profus) critique littéraire. Ses héros sont les Romantiques, Walter Scott, Byron, Balzac, Beaudelaire. Ses inimitiés, violentes, vont au naturalisme, aux frères Goncourt, à Zola, à Hugo. Pourtant, cest plutôt son œuvre romanesque quon lit encore aujourdhui, à commencer par Les Diaboliques, recueil de nouvelles « scandaleuses » paru une première fois en 1874. Daurevilly y a travaillé pendant 25 ans[2]et la première édition est épuisée en quatre jours. Mais ce foudroyant succès sent la poudre et fait peser sur lauteur la menace dun procès qui sera finalement levée ; il faudra attendre 1883 pour voir publiée une nouvelle édition.

Paradoxes (II).En 1948 paraît dans L’Écran françaisun texte bref, mais appelé à faire date : Naissance d'une nouvelle avant-garde : la caméra-stylo[3]. Il est signé par Alexandre Astruc, qui revendique dans ce manifeste esthétique la singularité et lautonomie dun langage cinématographique prêt à saffranchir des tutelles de la littérature ou du théâtre. Cest pourtant le nombre et la variété de ses adaptations littéraires (sans oublier son œuvre d’écrivain) qui caractérisent la trajectoire dAlexandre Astruc, dabord pour le grand écran et ensuite, principalement, à la télévision. 

Ensuite, il y a cette fidélité au texte dorigine, qui se signale notamment par lemprunt, en voix-off, de portions entières du texte dorigine – comme en témoignent Le Rideau cramoisiou Le Puits et le Pendule. Et pourtant, cest une forme singulière qui en émerge, bien quelle soit dans Le Rideau cramoisiplacée sous linfluence visuelle dOrson Welles. 

Dans ce premier moyen métrage couvert de prix[4]et qui affirme sa personnalité de cinéaste, Astruc sest concentré sur la nouvelle qui ouvre Les Diaboliques, « Le Rideau cramoisi », très caractéristique des personnages féminins dépeints par Barbey dAurevilly : mystérieux, opaques, souvent impassibles. Que masquent les apparences ? Comment déceler ce qui anime Albertine ainsi que ses parents, couple tout aussi indéchiffrable de banals bourgeois, au fond inquiétants dans leur banalité même ? Nous nen saurons pas plus, et ce caractère inconclusif du film est aussi, à sa manière, à mettre au crédit de la fidélité à l’œuvre originale.

Quant à ces personnages, Alexandre Astruc les inscrit dans une demeure aux pièces fréquemment noyées dombres, à limage de cette passion irrépressible, et pourtant étrangement dévitalisée, consommée dans le silence et les tenèbres.

 

 

[1]           Il est d’ailleurs un « praticien » et un théoricien du dandysme, auquel il consacre en 1845 un ouvrage remarqué, Du dandysme et de George Brummel.

[2]           La première des nouvelles qu’il ait écrite (mais la quatrième dans l’ordre du recueil), « Le Dessous de cartes d’une partie de whist », paraît en 1850, après avoir été refusée par La Revue des deux Mondes.

[3]           Sur l’importance de ce texte et sa postérité, on consultera la conférence de Frédéric Gimello-Mesplomb donnée le 8 janvier 2010 au Forum des Images : https://www.dailymotion.com/video/xbzhdb

[4]           Dont le Prix Louis Delluc.

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Alexandre Astruc

Année

1953

Durée

45 minutes

Date Sortie française

Vendredi 6 mars 1953

Auteur(s) / Scénario

Alexandre Astruc

Format de diffusion

35 mm

Détails

Interprètes

Anouk Aimée, Yves Furet...

D'après

D'après "Le Rideau cramoisi", première des six Diaboliques de Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly

Direction photographie

Eugen Schüfftan

Montage

Madeleine Bagiau

Couleur

N&B

Production

Argos Films, Como Film

Distributeur

Tamasa

Musique

Jean-Jacques Grünenwald

Son

René Lécuyer

Costumes

Mayo

Décors

Mayo

Pays

France

Critiques