Le Mécano de la générale

"Le Mécano de la générale" de Buster Keaton

Le Mécano de la générale

Buster Keaton

Clyde Bruckman

1926

107 min.

MUET

Johnny a deux amours : le train dont il est le mécanicien – une locomotive baptisée la « General » – et Annabelle Lee. La guerre de Sécession éclate. Comme Johnny ne peut pas s’enrôler dans l’armée, la jeune femme lui refuse son amour…

Un complot déjoué.Le Mécano de la Generalsinspire dun épisode de la Guerre de Sécession survenu en avril 1862, en territoire sudiste. Une escouade de soldats nordistes en civil menés par James J. Andrews planifia le vol dun train à hauteur de la localité géorgienne de Big Shanty, au nord dAtlanta, durant une pause-déjeuner[1]. Le conducteur de la locomotive General, William Allen Fuller (rebaptisé Johnnie Gray dans le film) se lança à la poursuite des voleurs, dabord à pied, puis en draisine, et enfin en locomotive[2]. Lobjectif des nordistes était de brûler un maximum de ponts sur leur route vers le Nord. Combiné avec un mouvement de troupe de lUnion, le coup de force était destiné à priver Chattanooga[3]du ravitaillement venu dAtlanta et aboutir à la prise de la ville. Cela aurait, in fine, permis de consolider lavancée des Nordistes en territoire confédéré.

En traquant sans relâche les saboteurs, Fuller ne leur laissa pas le loisir de détruire les ponts, dautant que la pluie qui sabattait sur la région ce jour-là les rendait difficiles à brûler. À bout de combustible pour leur propre machine, Andrews et ses hommes durent labandonner en rase campagne alors quils approchaient de Chattanooga. Ils s’éparpillèrent dans la nature mais furent repris dans les jours suivants sans avoir pu rejoindre les lignes nordistes. Jugés en court martiale et considérés comme espions, la plupart furent exécutés en juin 1862. Grâce à Fuller, le complot avait échoué. 

Un projet épique.Au début de lannée 1926, Buster Keaton et son collaborateur Clyde Bruckman décident dadapter le récit de William Pittenger, lun des rares nordistes impliqués dans le vol de la Generalà avoir échappé au peloton dexécution. Keaton perçoit très vite le potentiel spectaculaire et comique de l’épisode, tout comme le producteur Joseph Schenck, qui lui alloue un budget conséquent de 400 000 $. Le tournage, étendu sur trois mois et demi, démarre le 31 mai 1926 en Orégon, où les assistants de Keaton ont déniché trois locomotives d’époque. En raison du nombre de cascades, de décors et de figurants, le tournage prend des proportions épiques et le budget est plus que doublé. De nombreux incidents plus ou moins graves ponctuent ces mois d’été et la fumée dégagée par les locomotives provoque même des incendies de forêt ! Keaton va par ailleurs hausser la complexité et la minutie des cascades à un niveau jamais atteint. Il met à plusieurs reprises sa vie en danger, comme dans se plan où, juché à lavant de la General, il emploie une traverse de bois pour en déloger une seconde coincée entre les rails. Sans un enchaînement de gestes millimétrés, la locomotive pouvait dérailler et l’écraser sous son poids ! Quant à la scène où le pont s’écroule, entraînant la locomotive dans la rivière, elle rassembla des centaines de curieux attirés par le spectacle. Le plan est aujourdhui encore extrêmement impressionnant. 

Sorti à New York le 5 février 1927, Le Mécano de la Generalreçut un accueil décevant de la critique et des spectateurs. Nul ne fut – dans un premier temps – séduit par la précision géométrique, presque abstraite, de sa mise en scène ni par les spectaculaires péripéties conçues par Keaton[4]et son équipe. Le film fut jugé trop long, la poursuite trop étirée : Keaton choisit en effet de s’éloigner des faits pour donner à son film une structure tripartite ou deuxpoursuites en locomotive (au lieu dune seule) se présentent en miroir. Il y permute avec brio poursuivants et poursuivis. Concurrencé par le succès surprise de La Chair et le Diable[5]Le Mécano…ne devait pas rentrer dans ses frais et contribua directement à la perte dindépendance de Keaton. 

 

[1]                     À l’époque, les trains ne disposaient pas de wagons-restaurants. Les arrêts déjeuner étaient inclus dans le temps de trajet des compagnies de chemin de fer.

[2]                     Contrairement au scénario du film, Fuller va emprunter troislocomotives successives disposées le long du trajet sur des voies de garage. Les changements, dus au sabotage des rails, sont donc entrecoupés de brefs trajets à pied. La troisième des locomotives utilisées par Fuller est bien la Texasqui apparaît dans le film. 

[3]                     Ville stratégique située à la frontière du Tennessee et de la Géorgie. Elle bénéficiait de défenses naturelles (rivières, montagnes) qui la rendaient presque inexpugnable par la seule force de troupes nordistes par ailleurs en nombre limité.

[4]                     Qui devait déclarer : « J’étais plus fier de ce film que de tout ce que j’avais fait auparavant. »

[5]                     Flesh And The Devilde Clarence Brown, avec le couple Greta Garbo / John Gilbert. Raison pour laquelle la sortie du Mécano…fut repoussée.

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Buster Keaton

Clyde Bruckman

Année

1926

Durée

107 minutes

Date Sortie française

Jeudi 24 février 1927

Auteur(s) / Scénario

Buster Keaton, Clyde Bruckman

Format de diffusion

DCP

Détails

Interprètes

Buster Keaton (Johnny Gray), Marion Mack (Annabel/Mary Lee), Frank Barnes (le frère de Mary), Charles Henry Smith (le père de Mary), Glen Cavender (le capitaine Anderson)…

D'après

D'après le récit de William Pittenger, The Great Locomotive

Direction photographie

Devereaux Jennings, Bert Haines

Montage

J. Sherman Kell, Harry Barnes

Couleur

N&B

Production

United Artists

Distributeur

ADRC/Théâtre du temple

Producteur(trice)

Joseph M. Schenck

Pays

USA

Critiques