La Ligne générale

LIGNE GÉNÉRALE

La Ligne générale

Generalnaïa Linïa ou Staroye i Novoye

L’Anciene et le Nouveau

Sergueï M. Eisenstein

1928

100 min.

MUET

Dans une région reculée de Russie, des paysans accablés de misère reprennent espoir grâce aux bien-faits que la révolution apporte au monde rural…

 

Edition 2023 :

 

Entre le début du travail de S. Eisenstein sur La Ligne générale (qui porte aussi le titre L’Ancien et le Nouveau) et son achèvement, il se passe trois années cruciales (1926-1929) de l’histoire de l’URSS. En 1926, plusieurs lignes politiques s’affrontent au sein du parti bolchevik quant à l’avenir du pays, et notamment du monde paysan qui constitue l’écrasante majorité de la population. Fin 1929, la ligne stalinienne l’a emporté : elle devient la « ligne générale du Parti communiste bolchevik. Le film de S. Eisenstein sort le 7 novembre 1929, le jour même où, à l’occasion du douzième anniversaire de la « Grande Révolution Socialiste d’Octobre », Staline publie, dans la Pravda, son manifeste de victoire, « Le Grand Tournant ». Ce « Grand Tournant » n’est rien de moins que l’annonce de la collectivisation des terres, du cheptel et des outils agricoles des paysans. Depuis plusieurs années, les dirigeants bolcheviks débattaient de son bien-fondé et du rythme auquel cette collectivisation devait s’accomplir. Pour Boukharine, la collectivisation était pure folie ; elle ne pouvait que mener à la ruine des paysans et de l’agriculture soviétique. Pour une majorité de dirigeants, la collectivisation devrait se faire progressivement.

Néanmoins, au cours de l’année 1929, c’est le groupe emmené par Staline, favorable à une collectivisation totale qui l’emporte. Parallèlement à la collectivisation, Staline lance la campagne de « liquidation des koulaks (paysans riches) en tant que classe ».

Comment traiter un sujet aussi politique, alors que la « ligne générale » fluctue ? tel est le défi auquel est confronté S. Eisenstein. Les censeurs contraignent sans cesse le réalisateur à modifier ses scènes, comme l’a bien montré le critique N. Kleiman. Plutôt que de célébrer le fameux « esprit collectif » censé porter la « collectivisation », Eisenstein préfère mettre l’accent sur la « modernité technique », symbolisée par le tracteur et l’écrémeuse qui symbolisent le « Nouveau » face à « l’Ancien » – les superstitions, notamment religieuses. Pour échapper au piège du politique, le réalisateur choisit l’ironie et le symbolisme (non dénué, d’ailleurs, de connotations sexuelles). Pas étonnant que le film ait subi les foudres de la critique ! – Nicolas Werth

 

Edition 2018 :

 

« Le film, une commande de la jeune Union soviétique, visait à promouvoir la collectivisation agricole décrétée dans le premier plan quinquennal.
La Ligne générale (ou : L’Ancien et le nouveau) est le moins connu des films muets de Sergueï Eisenstein. Il a pourtant toute sa place dans l’œuvre du réalisateur, dont la conception cinématographique et la technique de montage n’ont cessé d’évoluer. Alors qu’il avait adopté une forme documentaire pour Le Cuirassé Potemkine et Octobre, Eisenstein use dans La Ligne générale de principes complexes comme les leitmotivs, le contrepoint visuel et une large palette de métaphores cinématographiques. “C’est la première fois qu’Eisenstein place un individu au centre d’un film. […] Mais le scénario a toujours pour but d’exalter les efforts et réalisations collectives. Dès le début du film, Eisenstein dénonce la situation des petits paysans à l’aide d’un mouvement de caméra passant de l’immensité du ciel aux parcelles désespérément exiguës. Il tourne en dérision l’obscurantisme et la religion dans une scène où les participants d’une grande procession destinée à déclencher la pluie attendent en vain un miracle. Miracle qui se produit aussitôt chez Marfa Lapkina, où l’écrémeuse du collectif agricole commence à produire de la crème. Dans le même esprit, le taureau reproducteur Foma et, plus tard, le tracteur sont élevés au rang de symboles […] de la réussite et des temps nouveaux.” (Dieter Krusche, Jürgen Labenski)
Le tournage du film, entamé en 1926, dura trois ans en raison d’interruptions et de changements dans le découpage et le montage. En 1927, Eisenstein travailla à Octobre, son film sur la révolution. La première projection publique eut lieu le 7 novembre 1929.
Le tournage fut marqué par des conflits toujours plus violents avec des représentants du Parti, qui exigèrent à maintes reprises que le réalisateur modifie son concept. Des scènes durent être tournées après coup et ajoutées au montage ; la coopérative devint un collectif agricole. En URSS, le film fut mal accueilli : on reprocha à son montage sophistiqué de verser dans le formalisme, la métaphore machiniste demeura incomprise, le ton satirique de la mise en scène de la paysannerie traditionnelle et la très longue cérémonie des prêtres qui appellent la pluie furent perçus comme une provocation.
À partir des notes de montage d’Eisenstein, l’historien russe du cinéma Naum Kleiman a reconstitué la version d’origine, qui souligne la puissance visuelle des scènes symboliques et le caractère expérimental du film. » – ARTE Cinéma

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Sergueï M. Eisenstein

Année

1928

Titre original

Generalnaïa Linïa ou Staroye i Novoye

Durée

100 minutes

Date Sortie française

Jeudi 7 novembre 1929

Auteur(s) / Scénario

Sergueï M. Eisenstein, Grigori Alexandrov

Format de diffusion

DCP

Thématiques abordées par le film
Histoire
Détails

Interprètes

Avec Marfa Lapkina (Marfa, une paysanne), Vasili Bouzenkov (le secrétaire de la coopérative laitière), Kostia Vassiliev (le conducteur du tracteur), M. Ivanine (le fils de Marfa), Ivan Youdine (un komsomol)…

Direction photographie

Eduard Tissé

Montage

Sergueï Eisenstein

Couleur

N&B

Production

Sovkino

Distributeur

Arkeion Détenteur des droits : GP Archives

Pays

URSS

Critiques

 

La Ligne générale

  • Samedi 25 novembre 2023 - 10 h 30

  • Cinéma Jean Eustache
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Programme 2023

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