Gettysburg, la dernière bataille

"Gettysburg" de Ronald F. Maxwell

Gettysburg, la dernière bataille

Gettysburg

Ronald F. Maxwell

1993

263 min.

VOST

Bande annonce

Le 1er juillet 1863, plus de 150 000 soldats étaient engagés dans l'épisode déterminant de la Guerre de Sécession : la bataille de Gettysburg. D'un côté, les États du Sud, sous le commandement du Général Lee. Leur faisant face, la Fédération des États du Nord, avec à leur tête le général Mead…

Une bataille décisive.Les photos de Gettysburg sont passées à la postérité. En voyant ces champs jonchés de cadavres, dans ce noir et blanc granuleux qui ajoute à l’âpreté du sujet, on se fait rapidement une idée de la violence et de la férocité des combats. L’histoire ne destinait pas cette petite bourgade, 2400 âmes à l’époque, à devenir le théâtre d’une telle bataille – sans parler de l’importance de cet affrontement mettant aux prises, durant trois jours (du 1er au 3 juillet 1863), 75 000 soldats confédérés et un peu plus de 90 000 nordistes[1].

Au printemps 1863, la situation politique et militaire est paradoxale et contrastée dans cette Guerre de Sécession (« Civil War ») entamée plus de deux ans auparavant. L’appareil de production du Nord et l’économie de guerre tournent désormais à plein régime ; le blocus maritime des côtes sudistes commence à produire ses effets ; et l’action de Grant à l’Ouest, qui vise à stopper l’approvisionnement sudiste via le Mississippi et couper en deux le territoire confédéré, est en bonne voie alors que se dessine la prise de la forteresse de Vicksburg (Mississippi)… Pourtant, l’Union a subi de retentissants revers militaires, comme à Fredericksburg (Virginie) en décembre 1862 et tout récemment à Chancellorsville (Virginie) début mai 1863. Tout est encore possible et c’est ce qui pousse le général Robert E. Lee à tenter un audacieux coup de poker : porter le fer en territoire nordiste, opérer un détour par la Pennsylvanie et fondre sur Washington, scellant ainsi la victoire du Sud. Lee était déjà à l’initiative d’une manœuvre semblable l’année précédente, dans le Maryland, mais avait été stoppé à Antietam en septembre 1862. 

Quoi qu’il en soit, le président de la Confédération, Jefferson Davis, s’enthousiasme pour le plan de Lee, qui est validé le 15 mai 1863. Depuis le début des hostilités, Lee, sans doute le plus brillant des généraux américains de son temps, a fait de l’audace et de la stratégie offensive ses règles d’or, bousculant à maintes reprises l’état-major nordiste[2]. Au fil des mois, ce dernier est d’ailleurs régulièrement remanié par Lincoln. Le 28 juin 1863, le président républicain limoge le général Joseph Hooker et le remplace par un officier respecté, mais jusqu’à présent peu en vue : George Meade. Trois jours plus tard, Meade se retrouve à la manœuvre face à Lee dans la bataille de Gettysburg.

L’un comme l’autre n’ont pas choisi la petite ville comme théâtre de leur affrontement. C’est la soudaine mise en présence des deux armées ennemies, celle du Potomac contre celle de Northern Virginia, qui en a décidé ainsi[3], alors que Gettysburg, qui n’est pas en soi un site stratégique, est néanmoins un carrefour vers lequel convergent de nombreuses routes. Après de durs combats entre avant-gardes respectives (les sudistes de Hill contre les nordistes de Buford), les troupes affluent au Sud de Gettysburg. Pour le salut des nordistes, qui se retrouvent temporairement en infériorité numérique, le hasard a voulu qu’ils héritent des collines et surplombent leurs adversaires. Les troupes nordistes, une fois regroupées, dessinent sur les hauteurs une sorte de grand hameçon dont les confédérés font le siège. 

Robert Lee bénéficie de l’appui du général James Longstreet, un officier de grande valeur, mais plutôt porté sur la stratégie défensive. Or l’offensive et les tactiques déployées par Napoléon ont encore largement cours à l’académie militaire de West Point, d’où sortent l’essentiel des généraux qui s’illustrent dans le conflit – sudistes ou nordistes. Cette disposition d’esprit explique le nombre élevé de victimes de la guerre civile : les armes sont en avance, de par leur efficacité, sur la stratégie militaire[4]. 50 000 soldats tombent ainsi en trois jours à Gettysburg, à part à peu près égale entre les deux armées. Mais Longstreet excepté, Lee est contraint de s’appuyer sur des généraux qui n’ont pas sa réactivité ni son génie tactique (Hill et Ewell[5]. Des mouvements de troupes et des assauts à la coordination incertaine vont décider de l’issue de la bataille le 3 juillet, alors que les régiments nordistes[6]rivalisent de bravoure et taillent leurs adversaires en pièces.

Pour Lincoln, Gettysburg est une victoire militaire, politique et diplomatique – même si au lendemain de cette victoire, la réserve naturelle (et coupable, aux yeux de Lincoln) de George Meade l’a retenu d’ « achever le travail » et de harceler les troupes de Lee alors qu’elles sont acculées sur les rives du Potomac en crue… Les confédérés parviennent finalement à traverser, alors que la capture ou la mort du légendaire général aurait pu mettre fin à une guerre qui durera encore deux ans. Gettysburg n’en reste pas moins un point de bascule dans le cours de la guerre.

Quelques mois après cette bataille, la plus célèbre et la plus meurtrière de tout le conflit, Lincoln inaugure le cimetière de Gettysburg le 19 novembre 1863. Il y prononce son discours le plus célèbre, qui s’achève sur ces mots : « C’est à nous de décider que ces morts ne sont pas morts en vain ; à nous de vouloir qu'avec l’aide de Dieu notre pays renaisse dans la liberté ; à nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne disparaîtra jamais de la face du monde. »

Un film-fleuve pour les rassembler tous.Pour capter le déroulement de la bataille dans son ensemble et pour embrasser les points de vues des ennemis, il fallait un grand récit épique. C’est le roman de Michael Shaara The Killer Angels, lauréat du prix Pulitzer en 1974, qui va en donner l’impulsion, mais celle-ci ne se traduira à l’écran qu’une quinzaine d’années plus tard. Gettysburgest pour ainsi dire l’œuvre d’une vie ou plutôt d’une carrière, celle du réalisateur-scénariste Ronald F. Maxwell, qui porte le projet de studios en studios (qui le refusent tous), avant que le magnat de la télévision Ted Turner ne se laisse convaincre. Au départ, le film est pensé comme une mini-série, ce qui explique sa longueur inhabituelle ; puis, convaincu par la puissance du sujet et le potentiel épique du matériau, Turner l’oriente vers une sortie cinéma limitée. Gettysburga d’ailleurs (ce n’est pas un reproche) une approche visuelle et un « feeling » télévisuels : ce n’est pas un hasard si le film rappelle les mini-séries historiques de la fin des années 1970 et des années 1980[7]. Des fictions ambitieuses et fédératrices, portées par des techniciens accomplis et des comédiens hollywoodiens (Gregory Peck, Robert Mitchum, Jean Simmons, James Stewart, Barbara Stanwyck…) passés au petit écran. Dans Gettysburgégalement, d’excellents comédiens (Martin Sheen, Tom Berenger, Jeff Daniels, Sam Elliott) sont au cœur du projet et donnent à la stratégie et aux mouvements de troupe, entrecoupés de dialogues percutants, une profondeur et une pâte humaine qui font ressentir la dimension « historique » de l’évènement. Tourné sur les lieux mêmes du drame, un privilège étant donné la dimension sacrée de cette arène sanglante, le film bénéficie de centaines de reenactors, des figurants qui depuis vingt ou trente ans, rejouent et représentent tout ou partie de ces journées dantesques. Ils ont apporté avec eux leurs costumes et leurs accessoires, et même parfois ces canons rassemblés en si grand nombre (plus de six cents) durant la bataille. 

 

[1]                        Pour une analyse et une description complètes de la bataille de Gettysburg, de ses prémices, de son déroulement et de ses conséquences, cf. notamment l’ouvrage de référence de James McPherson, La Guerre de Sécession, Paris, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », pp. 707-728.

[2]                        Comme le rappelle l’historien et spécialiste de la Guerre de Sécession Shelby Foote, depuis le début de la guerre, la seule armée du Potomac a changé six fois de chef ! (in Making-of de Gettysburg, Warner, 2011).

[3]                        À une époque où les communications sont encore incertaines, la connaissance des mouvements de troupes adverses est encore sujette aux approximations.

[4]                        Selon la formule de Shelby Foote, « the weapons were ahead of the tactics. » « La théorie napoléonienne – appliquée par Lee – prônant un modèle tactique offensif, dans lequel les fantassins soutenus par l’artillerie et la cavalerie, attaquent à la baïonnette l’adversaire, tandis que des unités indépendantes encerclents l’ennemi, a fait long feu à Gettysburg. » in Joëlle Chevé, « La victoire choisit son camp à Gettysburg », Historia Thématique, « La Guerre de Sécession », mars-avril 2005, p. 68.

[5]                        Lee a perdu (accidentellement) à la bataille de Chancellorsville un précieux auxiliaire, le général Thomas « Stonewall » Jackson.

[6]                        Habilement menés par le général James J. Hunt. La veille, 2 juillet, ce sont les régiments du Maine et du Minnesota qui se sont illustrés dans une charge (finalement) victorieuse contre les confédérés, alors que la situation du flanc gauche de Meade, point faible de son dispositif, semblait irrémédiablement compromise.

[7]                        Citons Le Riche et le Pauvre,MasadaLe Souffle de la guerreou, évidemment, Nord et Sud.

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Ronald F. Maxwell

Année

1993

Titre original

Gettysburg

Durée

263 minutes

Date Sortie française

Mercredi 14 décembre 1994

Auteur(s) / Scénario

Ronald F. Maxwell

Détails

Interprètes

Tom Berenger (le général James Longstreet), Martin Sheen (le général Robert E. Lee), Stephen Lang (le général George E. Pickett),  Richard Jordan (le général Lewis A. Armistead),  Andrew Prine (le général Richard B. Garnett)…

D'après

D'après la nouvelle de Michael Shaara, The Killer Angels

Direction photographie

Kees van Oostrum

Montage

Corky Ehlers

Couleur

Couleur

Production

TriStar Television, Esparza / Katz Productions et Turner Pictures

Distributeur

Park Circus/Warner Bros.

Musique

Randy Edelman

Costumes

Michael T. Boyd

Décors

Cary White

Producteur(trice)

Moctesuma Esparza, Robert Katz

Pays

USA

Critiques