Germinal

germinal

Germinal

Claude Berri

1993

150 min.

Germinal

 

1863, dans les mines du Nord. Étienne Lantier est embauché par Maheu, qui le prend dans son équipe de fond. Le jeune homme est adopté par la famille et s'éprend de Catherine, la fille de Maheu. L'injustice sociale dans les mines le révolte et il essaie de lancer le syndicalisme, contrecarré par Chaval, l’amant de Catherine…

Le roman de la lutte des classes.Zola entame le cycle des Rougon-Macquart[1]en 1871, après la défaite face à la Prusse. Pour chacun de ses romans – Germinalest le 13e opus du cycle – l’écrivain se fait d’abord journaliste et rassemble une volumineuse documentation. Il ne se sépare à aucun moment de son carnet de notes : « Il saisit ses observations, les mots qu’il entend, sur l’instant même, au crayon, comme un journaliste de reportage, ou bien il les rédige le soir venu, dans sa chambre d’hôtel[2]». Zola enquête à Valenciennes durant deux semaines. Il rencontre des directeurs, des ingénieurs, visite des corons, des carreaux de mines, descend dans la fosse Renard (Denain) à -476 m, recueille des témoignages de mineurs, de femmes… Son souci de l’exactitude documentaire correspond à sa conception naturaliste du roman. 

Si Germinal est le roman de la lutte des classes, ce n’est pas par la conviction idéologique de son auteur mais par le réalisme implacable du récit. Zola se fait ainsi visionnaire, son roman demeurant le seul de son époque à décrire la condition ouvrière et les grandes grèves insurrectionnelles contre la domination des patrons. C’est le roman de la lutte des classes, alors que Zola n’a jamais lu Karl Marx. Le romancier assiste d’ailleurs, en 1884, à la grève des mineurs, alors d’une ampleur inédite. Et le cheminement du récit – c’est l’une de ses lignes de force – mène au déclenchement et à la tenue d’une grève consécutive à la baisse de salaire[3]subie par les mineurs. 

Par ailleurs, Zola dépeint le Voreux et la mine Jean Bart comme des monstres qui avalent littéralement leurs victimes, et les galeries en sont, au sens strict, les « boyaux ». Troisième aspect du roman, le parcours d’Étienne Lantier : ouvrier venu se louer dans les mines, son passage au Voreux le voit acquérir une conscience politique structurée au contact de Maheu, de Souvarine ou de Rasseneur.

Un film et un symbole.Grand producteur (Tess, par exemple) et lui-même réalisateur, Claude Berri va concevoir Germinalcomme un hommage aux valeurs de son père, compagnon de route du parti communiste[4]. Il rédige un script très proche du roman, dont il conserve le parti pris du naturalisme et de l’enquête documentée au plus près sur le monde de la mine. Mais le souci du détail réaliste, revendiqué par Zola, s’accompagne de développements poétiques, fantastiques, lyriques. Berri veut y puiser l’actualité du roman, son universalité, son intemporalité. Le sujet du film sera « le sang des pauvres », dit-il, le travail contre le capital, l’émotion ressentie face à l’injustice. Parmi les acteurs, tous multi césarisés (Gérard Depardieu, Miou-Miou…), un intrus : Renaud Séchan, dit Renaud, le « chanteur énervant ». Qui mieux que Renaud pour incarner Lantier, le personnage central du roman, celui par qui la lutte va arriver ? Passionné, enfiévré, bouleversant, il aimante le film. Si au début des années 90, Renaud incarne la génération Mitterrand, celle qui a espéré dans « la Gauche », l’époque est paradoxale : les années 90, c’est la fin de l’extraction du charbon dans le Nord-Pas-de-Calais. Il y a plus de 20% de chômeurs dans le Valenciennois en crise, où le film est tourné. Ailleurs en Europe, notamment en Angleterre, les mineurs en lutte sont écrasés. Avec Germinal, Claude Berri a ainsi réussi une œuvre de référence qui a aussi participé à la prise de conscience de l’importance du patrimoine du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

Ce texte s’inspire du Ciné-dossier (qu’il cite longuement) conçu et rédigé par Alain Charliersur le film de Claude Berri.

 

[1]                        Fondé sur le modèle assumé de La Comédie humaine de Balzac. Sous-titré Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, le cycle comprend vingt romans dont la parution s’échelonne jusqu’en 1893.

[2]                        Henri Mitterrand dans le dossier qui accompagne l’édition de Germinaldans la collection « Folio classique », Gallimard, 1999.

[3]                        Déguisée, mais néanmoins réelle.

[4]                        En 1993, Germinalfait également figure de symbole en latière de politique internationale. En pleine négociation avec les États-Unis sur les accords du GATT (liés à la règlementation du libre-échange et des tarifs douaniers internationaux), le film est perçu comme la « réponse » française à une domination culturelle américaine, incarnée par le Jurassic Parkde Steven Spielberg. 

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Claude Berri

Année

1993

Durée

150 minutes

Détails

Couleur

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Pays

France

Critiques