Une indépendance voléeGaëlle Le Roy, jeune réalisatrice de 36 ans, titulaire d’une maîtrise d’histoire, ayant passé une partie de son enfance au Cameroun, a voulu retracer l’histoire de l’indépendance de ce pays souvent méconnu. Si le sujet est facilement abordé par les camerounais, ce n’est pas tout à fait le cas côté français. L’histoire du Cameroun, ancienne colonie française, est-elle mensongère? Selon les versions officielles, l’indépendance du Cameroun s’est faite pacifiquement le 1er janvier 1960, mais la réalisatrice nous montre toute une autre histoire. Historiens, politiques et même victimes témoignent d’une sanglante répression orchestrée depuis Paris. Aujourd’hui l’indépendance du Cameroun est toujours gardée dans l’ombre, malgré une histoire tragique qui a fait des milliers de morts. La France a toujours voulu cacher les violences dues à la décolonisation au Cameroun à partir des années 50 jusqu’à la fin des années 70. Dès 1945, les soldats qui reviennent victorieux de la 2ème guerre mondiale, réclament l’autonomie de leurs pays. Ils créent en 1948, l’union du peuple camerounais (UPC), qui s’oppose au gouvernement sous tutelle français. Le peuple descend dans la rue avec le slogan : « Indépendance immédiate! ». En mai 1955, à Douala, l’armée réprime la révolte dans le sang et dissous l’UPC avec le décret du 13 juillet 1955. Condamnés à se réfugier dans les maquis, les militants sont pourchassés, torturés et assassinés durant plusieurs années. Cette répression organisée par Pierre Messmer a fait des milliers de morts. Le haut-commissaire de la République au Cameroun, dit :«Um Nyobé faisait régner la terreur, j’ai décidé de lui faire la guerre et de l’éliminer». Après une longue traque de l’armée Camerounaise, Ruben Um Nyobé est retrouvé et assassiné en 1958. Il sera interdit de prononcer son nom jusqu’en 1991. La proclamation de l’indépendance n’a pas signé la fin des combats, loin de là. Le président de l’UPC, Felix Moumié, se rend à Genève en novembre 1960, où il est empoisonné par les services secrets français. Sa veuve accuse avec émotion :«Le Général de Gaulle a tué mon mari!». Malgré l’indépendance, certains militants de l’UPC, veulent continuer la lutte. L’armée camerounaise va rejoindre cette deuxième rébellion et va même jusqu’à bombarder des villes. Le napalm aurait été utilisé, ce que Pierre Messmer ne dément pas :«Ce n’est pas important». La phrase de fin du film revient à un universitaire Camerounais, faisant remarquer que «la France prétendait être le pays des droits de l’homme, mais de quels hommes ?». Les spectateurs ont été amenés après le film, à échanger avec la réalisatrice. Le sentiment qui a semblé se dégager a été très surprenant. En effet, la quasi-totalité du public ignorait la réalité des événements qui ont entraîné l’indépendance camerounaise. La violence de ce conflit, cachée depuis des années par l’État Français, a suscité l’incompréhension puis a donné lieu à un débat mouvementé auquel a participé Marc Michel, historien spécialiste du Cameroun. Il a été conclu par le témoignage solennel d’une jeune étudiante camerounaise qui a rapporté le ressenti dominant de la jeunesse camerounaise actuelle vis à vis de la France, qui exprime sa rancœur, sa méfiance et son sentiment de rejet de l’ancienne puissance coloniale. Samy Chbari – rédacteur chef adjoint Antoine Charmet – Sophie N’diaye – Maud Fixy |