Un si long voyage
Au quatrième jour du festival du Film d’Histoire de Pessac, Abdelkrim Bahloul a présenté son film Le voyage à Alger. Avec peu de moyens, il a réussi à montrer comment les Algériens ont vécu l’après guerre d’Algérie. Un film d’une justesse bouleversante. 1962, les Algériens obtiennent l’indépendance. A Saïda, une veuve de chahid*, martyr de la guerre, se retrouve seule avec ses six enfants. Un ancien administrateur français de la ville décide de leur céder son appartement. Cependant la famille n’est pas au bout de ses peines : un policier algérien veut les chasser pour récupérer le logement. Devant cette injustice, elle part à Alger avec son fils Kadirou. Son objectif : rencontrer Ben Bella, le président de l’Algérie. A travers le regard de Kadirou, on devine le portrait d’une femme déterminée. Celle-ci veut à tout prix garder son logement pour assurer l’avenir de ses enfants et leur promettre un avenir meilleur. Cependant, son rôle de mère ne l’empêche pas de s’engager pendant la guerre, de cacher, soigner et nourrir des membres du FLN. Dans un pays en pleine transition, le cinéaste met en images la violence qui suit l’indépendance, montrant ainsi la fragilité de ce nouvel Etat. Des tensions se créent entre les Algériens qui ont soutenu le FLN et ceux qui acceptaient la présence française. Kadirou est le symbole de ce choc des cultures. On voit à travers son comportement l’apparition d’un nouveau mode de vie partagé entre France et Algérie. Dans son film, le réalisateur met en scène l’évolution du jeune garçon, qui prend confiance en lui petit à petit grâce à des rencontres déterminantes. Abdelkrim Bahloul réussit à captiver avec une histoire d’un réalisme saisissant. Les spectateurs ont l’impression de partager l’aventure des personnages. Pas d’effets spéciaux grandiloquents, mais une simplicité émouvante et des acteurs d’une justesse à couper le souffle. Le réalisateur atteint son but : sensibiliser le public sur un sujet encore peu médiatisé. * «celui qu’on considère comme un martyr» pour l’Islam
Louis Leguillette – rédacteur chef adjoint |