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Les Editos

ÉDITO
par Jean-Noël Jeanneney, Président d’honneur du Festival

Voici vingt-et-un ans, à l’aube de notre aventure, nous avions choisi comme thème de lancement (et nos fidèles se le rappellent à coup sûr ! ) : « Le temps des colonies ». Ce fut un succès fondateur. Une génération plus tard, en 2010, nous nous sommes résolus à traiter de la fin de ces mêmes colonies, telle qu’elle s’est imposée, avec une force irrésistible,  vers la mitan du siècle dernier.

Sur ce traumatisme, les films se proposent à profusion, à la fois chez les peuples libérés et –plus nombreux- du côté des anciens colonisateurs. La qualité en est souvent grande, la sensibilité multiforme, et ce qu’ils charrient d’émotion, au fil de tous les scénarios possibles, renseigne en profondeur sur la portée morale, politique, stratégique d’un pareil maelström. Quant aux historiens, leurs travaux se sont multipliés.

Beaucoup des chercheurs féconds d’aujourd’hui n’étaient pas nés lors des accords d’Evian qui donnèrent naissance, en 1962, à l’Algérie indépendante, et plusieurs ne l’étaient même pas lors de l’écroulement ultime, douze ans plus tard, de l’empire portugais. Leur regard n’en est pas porté pour autant à adoucir tout ce que la décolonisation a pu porter de passions et révéler de frustrations et de douleurs. Mais la connaissance du demi-siècle ultérieur, avec toutes les ambivalences de l’héritage tel qu’il fut géré par les peuples libérés, leur permet une distance temporelle bienvenue par rapport aux événements, à leurs ressorts, à leur déroulement, à leurs effets immédiats et lointains. Sans que nul n’ignore ce que, du côté des nations qui furent dominantes, la mémoire de cet arrachement a vécu de soubresauts : celle-ci n’a pas cessé de travailler les consciences en profondeur, selon des dynamismes antagonistes.

Gageons donc, sans risque d’être détrompé, que, sur un semblable sujet, le cinéma nous apportera des satisfactions hors de pair et que le dialogue de ses serviteurs avec ceux de l’Histoire (ce sont d’ailleurs parfois les mêmes…) stimulera la réflexion civique, chez les participants, autant qu’elle comblera leurs exigences esthétiques. En conformité à la vocation d’un Festival à laquelle nous n’avons jamais été infidèles.

ÉDITO

Le Grand chambardement
par Pierre-Henri Deleau, Délégué général du Festival

Passé le temps des grands voyages et des découvertes (Marco Polo, Christophe Colomb), l’Europe s’est très vite lancée dans la conquête de nouveaux territoires outre-mer : le temps des colonies commençait. Jusqu’au XIX° siècle l’Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne, la France, entre autres, ont entrepris de bâtir des Empires à leurs ordres qui devaient leur assurer prestige et revenus.
Tout au contraire le XX° siècle va marquer la fin de ces conquêtes, l’Europe n’en a plus les moyens. L’heure est maintenant à l’émancipation et à l’indépendance de nouveaux États. Certes les États-Unis s’étaient déjà affranchis de la tutelle britannique en 1776, Haïti de la France en 1804, tandis que peu après l’Amérique latine se libérait de l’Espagne et du Portugal, mais c’est bien le XX° siècle qui verra ce mouvement vers l’indépendance de toute les anciennes colonies se radicaliser et bientôt devenir irréversible. L’indépendance de l’Inde en 1947, qui entraîne le retrait du Portugal de Goa et de la France de ses comptoirs, la guerre d’Indochine qui voit la défaite française vont faire tache d’huile. C’est toute l’Afrique qui va bouger à son tour. Indépendance de la Tunisie, du Maroc, guerre d’Algérie, guerres d’Angola et du Mozambique, tout le continent africain va s’émanciper des “puissances” européennes. Un monde nouveau, qui s’organise peu à peu, est né au siècle passé, l’Europe n’a plus grand chose à y dire.
Le cinéma, qui fut inventé en 1895, a donc été le témoin direct de ces changements majeurs de l’Histoire. Au fil du temps, reportages, documentaires, films de propagande mais aussi de fiction directement inspirés de ces événements, tout ou partie de ce qui s’est passé nous est restitué. Révoltes, guerre de libération, luttes politiques, témoignages. Voici le tableau de la fin du colonialisme en images. A nous, historiens et public, d’en tirer les leçons.

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