Rouge…pâleAu cinéma Jean Eustache, le mercredi 17 novembre, s’est déroulé, lors du Festival International du Film d’Histoire de Pessac, un débat, ou, soyons plus précis, un double monologue sans rapport évident l’un avec l’autre. Ce qui aurait dû être un débat animé, enflammé, entre Pierre Brocheux, Jean Lacouture et Marc Ferro, sur un thème aussi brûlant que le rapport entre communisme et décolonisation, s’est avéré être une conversation moribonde, embrouillée, ennuyeuse. En effet, les historiens Jean Lacouture et Marc Ferro étaient tous deux absents « pour cause de maladie », et la journaliste Séverine Nikel, malgré toute sa bienveillance, ainsi que Michel Winock, mobilisé à la dernière minute, n’ont pu empêcher le naufrage. Dense histoire du PCF par Michel Winock. Michel Winock a éclairé les liens du Parti Communiste Français avec les colonies. Par un exposé pointu (auquel il faut faire droit), il a démontré la véritable implication du Parti dans le processus de décolonisation. L’engagement des « rouges » est alors exceptionnel : ils soutiennent le projet de loi Blum-Viollette *, mettent en place grèves et propagandes, se battent contre la guerre d’Indochine, de Corée, ou d’Algérie. . . et ce n’est pas exhaustif ! Parallèlement, le poids politique du PCF a oscillé, ce qui ne lui a pas toujours permis d’être entendu. Après le septième Congrès International, les têtes du Parti deviennent des leaders incontestables et remplissent l’Assemblée de quelques 150 députés. A cette époque, leur avis fait loi et le processus de décolonisation s’en porte très bien. Mais dès mai 1947, ils quittent le gouvernement et à partir de la Guerre Froide, n’ont plus aucun pouvoir. En 1952, ils reprennent leur place par l’intermédiaire de Guy Mollet qu’ils ont chaleureusement soutenu, mais ce pouvoir restera éphémère puisqu’en 1957, Aimé Césaire quitte le Parti qui, en octobre 1960, refuse son aide à l’Union Nationale des Etudiants de France : c’est la fin de la suprématie communiste. L’épopée d’Hô Chi Minh, ou l’Odyssée vietnamienne par Pierre Brocheux Par intermittence, Pierre Brocheux développe le cas d’Hô Chi Minh qui fit connaissance avec le communisme en France. Mais les Français ne lui paraissent pas assez radicaux et c’est pourquoi il part à Moscou. Deuxième déception- coup de théâtre ! : les Moscovites s’occupent très peu des colonies, ce qui l’amène en Chine, en 1927, où il crée une école pour jeunes communistes. Plus tard, en 1930, Moscou l’envoie à Hong Kong pour instaurer un Parti Communiste Indochinois. C’est un succès : en 1940, on dénombrait environ 2 500 communistes vietnamiens, dans toutes les classes sociales. 1941. Fort de ce succès, Hô Chi Minh rentre dans son pays natal, pour initier un processus de décolonisation. Sa tâche est d’autant plus difficile que le Japon, grâce à la passivité de Vichy, envahit le territoire. 1941-1945. C’est le début du projet d’alphabétisation, de militarisation et d’indépendance avec le Vietminh. Un succès sans tâche ! Le 2 septembre 1945, l’Indochine est indépendante. Mais les Français ne l’entendent pas de cette oreille et bombardent, en novembre, le territoire. C’est alors qu’Hô Chi Minh décide l’insurrection et prépare des élections pour lesquelles il réserve vingt-cinq sièges aux nationalistes anti-communistes. Il a, en effet, une idée plus élevée pour son peuple : « la Grande Union ». . . Très vite ébréchée au sud du Vietnam. En outre, les Français proclament l’ancien prince, Bao Dai, chef de l’Etat Vietnamien, et le Pape Pie XII interdit, dans un même temps, la collaboration avec les communistes. Ironie du sort, la nouvelle république vient tout juste de s’habituer à la paix, alors que la guerre du Vietnam commence. Quel dommage ! Une conférence qui aurait pu, se révéler intéressante, si les successions intempestives des deux historiens créant ainsi des incohérences et une absence de confrontation, n’avaient transformé ce débat en un cours d’histoire académique. * Projet de loi visant à donner la nationalité française à 25 000 notables algériens. Florent Sanguine– rédacteur chef adjoint Mélanie Feret – Yelena N’tumba |