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Patrick Jeudy

«Je ne suis pas historien, mais je mets en scène l’Histoire »

Patrick Jeudy, réalisateur-scénariste spécialisé dans le documentaire d’histoire, pour le cinéma et ces dernières années pour la télévision, a présenté au festival international du film d’histoire de Pessac son film Diên Biên Phu, le rapport secret, paru en 2004, et son tout dernier documentaire, Il n’y a pas de Kennedy heureux, retraçant « la tragédie familiale » de la plus grande dynastie politique américaine.

Patrick Jeudy, réalisateur

Vous êtes reconnu du public. Qu’en est-t-il de la critique ?

Patrick Jeudy : J’ai globalement 90 % de très bonnes critiques, ça diffère selon les saisons. En revanche, il y a un gars de Télérama que j’aime beaucoup et qui m’assassine continuellement. Il doit avoir un problème avec la musique, parce que moi j’adore la musique, et j’en tartine tous mes films.

J’ai longtemps voulu l’étrangler, aujourd’hui il m’est indifférent. Mais les critiques peuvent être dangereux : ils peuvent former un lobby. En effet, s’il y a des gens qu’ils n’aiment pas (comme Bertrand Tavernier, Patrice Leconte), ils les moquent. Mais aujourd’hui, de manière générale, il n’y a plus de vrais critiques : peu font une véritable analyse des films, excepté dans Télérama et Les Inrockuptibles. Tous sont formatés.

Pourtant vous arrivez toujours à sortir de nouveaux films, et notamment à la télé, malgré ces difficultés.  Comment faites-vous ?

P.J. : C’est vrai, dans le milieu de la télé, on veut du « tout-fait » : on restreint  le champ de l’originalité. En effet, les films sont choisis en fonction de l’intérêt qu’ils pourront susciter chez le spectateur moyen. Les gens de la télé s’imaginent être dans la tête des spectateurs : s’ils pouvaient tout banaliser, ils le feraient. Pour un de mes films sur Marilyn, par exemple, ils ne voulaient plus le programmer parce qu’ils pensaient que ce serait trop triste et démoralisant pour une soirée. Parfois, j’ai envie de baisser les bras, mais je continue à faire mon métier.

Justement, comment voyez-vous votre métier ?

P.J. : Chacun sa merde, moi, je me fais plaisir, même si mon métier devient obsessionnel. Je vais jusqu’à me lever la nuit pour écrire les idées qui me viennent ; j’ai d’ailleurs les poches pleines de petits papiers remplis de notes. J’ai envie de raconter des histoires, de donner l’envie de découvrir et ce depuis toujours. Dans tous les cas, je ne m’arrêterai que quand on ne voudra plus de moi, et encore. . . S’il faut, je finirai sur TV6 Angers ou TV Mont Blanc ! Mais je sais que ça reste éphémère : un film a une carrière de quatre ou cinq ans. On voit bien qu’on est à l’époque du jetable. On aimerait que ce soit un peu plus pérenne surtout quand on regarde le coût d’un film. Mais je ne veux pas être pessimiste !

Comment travaillez-vous ?

P.J. : Moi, j’adore les archives : c’est ma passion. Mais pas n’importe lesquelles : les archives  photographiques. Ma passion des images est venue de leur beauté. C’est pourquoi je préfère en écarter une plutôt que de choisir la mauvaise. Je privilégie néanmoins la forme du documentaire même si je ne m’y montre pas bon élève. Contrairement à Schoendoerffer, si je fais un documentaire très fictionnel, je ne prétends pas faire un film de fiction qui, pour moi, est un bel objet. Et, de plus, je ne suis pas pédagogue. Je veux seulement faire aimer et penser.

Cela demande donc un grand travail !

P.J. : Il est vrai que je lis énormément : tout ce qui existe, que ce soit des biographies, des essais, des livres d’histoire, mais ça reste un plaisir. C’est une passion permanente, un travail continu. J’aime recouper les vies, les informations et surtout les images. Il m’arrive de découvrir la véritable personnalité des personnages historiques, et j’en ressens une certaine jubilation. En fait, je n’ai pas l’impression de travailler, mais plutôt l’impression de jouer aux petits soldats.

D’où est né votre amour pour l’histoire ?

P.J. : Je ne suis pas historien, mais je mets en scène l’histoire. Certaines périodes, certains espaces, me passionnent plus que d’autres : j’aime l’Indochine, les Etats-Unis, et les évènements  pour lesquels il reste des témoins. Cela rend aussi mon travail plus difficile : il est quand même plus facile d’interpréter l’Histoire quand ceux qui l’ont vécue sont morts. Quand ils sont encore vivants, ils confondent souvent leur histoire avec l’Histoire : c’est là l’écueil.

Que pensez-vous d’un événement comme le festival international de Pessac ?

P.J. : Cela permet de rencontrer le public, d’apprécier sa réaction en direct. En effet, quand les films passent à la télévision, le téléspectateur est réduit à un chiffre.

De plus, des festivals comme ceux-ci permettent de donner au public une vision approfondie d’un thème de l’Histoire. C’est une très bonne initiative.

Florent Sanguine– rédacteur chef adjoint

Mélanie Feret – Yelena N’tumba

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