La nuit d’Albert CamusVingt ans après celle d’Olivier Todd, le bordelais Alain Vircondelet, biographe d’Antoine de Saint Exupéry, vient de publier une nouvelle biographie : Albert Camus, Fils d’Alger. Si Todd avait axé son livre Albert Camus, une vie sur le travail de journaliste et le militantisme de l’auteur, Alain Vircondelet, originaire lui aussi d’Alger, a laissé libre cours à ce qu’il appelle ses « résonances intérieures » en se concentrant sur les origines de l’écrivain et leur influence sur son oeuvre. La famille de Camus ayant rendu publiques ses archives, « tout a été dépouillé« , précise l’auteur. C’est donc dans les écrits inachevés et encore inconnus que le biographe a trouvé « son miel« . Il s’est intéressé aux zones d’ombres, » à la nuit et non au clair » selon les propos de Marguerite Duras. « Il y avait de la nuit dans Camus « , dit de lui son nouveau biographe. L’auteur est donc parti « en quête de l’instinct« , de ce que Camus lui-même appelait « l’aveugle », afin d’être « au plus près de Camus ». Pour Alain Vircondelet, celui que Sartre qualifiait de « penseur parasité par sa mélancolie méditerranéenne » n’était pas un philosophe mais un poète, un écrivain du paysage. D’un point de vue littéraire, l’évolution de l’auteur est perceptible. Trois phases peuvent être identifiées dans son oeuvre : l’absurde, avec des romans tels que Caligula ou L’étranger, la révolte avec L’homme révolté, puis l’amour à la fin de sa vie dans son roman Le premier homme, inachevé et complété par sa fille. Sa quête de la spiritualité et son rapport à Dieu et à la religion sont développés dans ce dernier ouvrage. Camus va même jusqu’à établir un parallèle entre sa naissance et celle de Jésus : sa mère l’a mis au monde dans une grange. C’était un homme paradoxal : son image de Don Juan, d’acteur frivole « la clope au bec« , précise Alain Vircondelet, contredisait totalement sa personnalité angoissée, à la limite de la paranoïa. Malgré son sentiment d’appartenance au peuple algérien et son rejet de la colonisation, Camus a refusé de prendre parti dans le débat sur l’indépendance de son pays. Cette indifférence lui a valu d’être renié par ses pairs. Il reste des fragments inédits, comme ses écrits sur sa tentative de suicide, que la famille ne veut pas dévoiler. Et même si Alain Vircondelet désire atteindre la vérité sur l’écrivain, bien des choses lui échappent encore. Lucie Moley – rédactrice chef adjoint Margot Dupin-Barrere – Jenna Lafon – Antonin Sassus |