Jean-Claude CheyssialMEMOIRES D’AFRIQUE Alors que son film Mort en exil sort sur les écrans, le réalisateur bordelais Jean-Claude Cheyssial, dont les documentaires explorent le patrimoine et les traditions de populations du monde entier, nous a accordé un long entretien. L’occasion de revenir sur ses attaches très fortes avec l’Afrique. D’où vous vient l’envie de faire du cinéma? Il y a 20 ans, j’ai fait un IUT de « Carrière sociale » où il y avait de nombreuses options, dont deux dans le cinéma. Cela m’a permis de découvrir le cinéma. Nous devions réaliser un film en 16 millimètres, mais c’est surtout à partir d’une passion que tout a commencé : celle d’un professeur pour le septième art. À l’époque il n’y avait pas d’école de cinéma, j’ai donc fait plusieurs stages. Pourquoi vous êtes-vous orienté vers le documentaire plutôt que vers le cinéma de fiction ? Je pense que ma formation sociale m’a fait aimer le contact avec les gens, connaître leur vie. Grâce à mon métier, j’ai pu rencontrer des gens de tous les environs, autant en Afrique qu’en Amazonie. Je trouve cela fantastique d’utiliser le documentaire pour faire des rencontres, raconter des histoires, et les faire partager. Un grand nombre de vos films sont tournés au Gabon. Quelles sont vos attaches avec l’Afrique ? Mes attaches avec l’Afrique sont assez profondes. D’abord parce que j’ai une partie de ma famille qui vit là-bas. Ensuite, je suis allé faire un film pour la télévision en pensant partir ailleurs après. Mais le pays et les gens m’ont tellement intéressé que vingt ans plus tard, j’y vais encore. Je me suis intéressé à toutes les sociétés traditionnelles, et en particulier à leur pratique de la médecine. Pouvez-vous nous parler du film Mort en exil, que vous allez présenter cet après-midi au festival? Mort en exil, au départ, devait s’appeler Le Retour du père. Après avoir consacré un premier documentaire à Mohammed Mechti (NDLR, Mechti, dernier combat, 2006), nous l’avons suivi de nouveau après son procès victorieux de 2008. Il a gagné le droit d’obtenir une pension décente une pension d’ancien combattant décente. Je me suis dit alors que ça serait bien de ramener le Vieux chez lui au Maroc : il avait gagné son combat, il allait pouvoir bénéficier de cette « retraite heureuse », revoir ses enfants, ses petits-enfants. On allait donc filmer ce retour. Puis le 31 janvier, tout simplement parce qu’il avait 91 ans et que pour lui, le combat pour la dignité était gagné, il n’avait plus assez de raisons de rester. Et il est parti. La question de continuer ou non le tournage s’est posée.Nous avons décidé de poursuivre. Le film Le retour du père est devenu Mort en exil, et c’est sa petite fille spirituelle, Fatiha El Ayadi à qui il a transmis toute son énergie politique, qui reprend le fil de l’histoire. Quels sont les conseils que vous donneriez en temps que réalisateur et enseignant? Quand j’enseigne à l’Université, je répète toujours aux étudiants que l’on peut apprendre les bases techniques du cinéma. Mais ce qui ne s’apprend pas, c’est la manière dont on met en place, en tout cas dans le documentaire, une relation privilégiée avec les gens qui seront filmés bien avant de placer la caméra. Il faut des rapports affectifs, pour obtenir des confidences. Cela peut prendre beaucoup de temps. Pour Mechti, dernier combat, cela nous a pris presque neuf mois. On allait voir Mechti régulièrement dans sa petite chambre, sans caméra, pour pouvoir engager une relation de confiance. Ensuite seulement, nous pouvions commencer à filmer. Dès que le tournage commence, alors, c’est la cerise sur le gâteau. C’est tout le plaisir. Quel est le tournage qui vous a le plus marqué? Tous les tournages sont marquants, on a beau tout prévoir, il y a toujours des imprévus. De plus, en général, il n’y a pas beaucoup de moyens. Un réalisateur rêve toujours de trouver un producteur qui va lui permettre de faire le film tel qu’il le veut, mais en fin de compte, ce n’est jamais vrai. Je pense que le tournage qui m’a le plus marqué est celui que j’ai réalisé avec Mohammed Mechti, dans le premier film Mechti le dernier combat. Cela m’a pris cinq années de ma vie, et ça me manque. Le personnage était charismatique : j’ai rencontré un vieux monsieur qui pourrait être mon grand-père, qui m’a révélé un problème politique important. C’est enfin, le Maroc que j’ai découvert grâce à ce personnage. Quels sont vos projets pour l’année prochaine ? J’ai plusieurs projets dont un sur la trans-identité et la trans-sexualité. C’est un travail que j’avais initié avec mes étudiants, il y a un an, et que j’aimerais bien développer. Mais le plus difficile avec les projets, c’est qu’il faut au moins cinq idées pour en faire émerger une. Après, il faut un producteur mais aussi un diffuseur, sinon le projet ne peut pas émerger, ni être diffusé. Interview de Jean-Claude Cheyssial par les élèves du lycée Sud Medoc : |