J. Perrin, du prince de Peau d’âne au roi Louis XIMercredi soir, nous avons interviewé Jacques Perrin, présent à Pessac pour présenter entre autres le film Louis XI, le pouvoir fracassé dans lequel il interprète le roi. L’occasion de retracer la riche carrière de cet emblématique acteur, réalisateur et producteur.
Après avoir commencé votre carrière en tant qu’acteur, pourquoi avoir décidé de passer derrière la caméra ? J’ai commencé ma carrière d’acteur en 1955, 1956, il y a quand même quelques années… J’ai débuté avec de petits rôles, à droite et à gauche; de temps en temps j’avais la chance de pouvoir faire des petites prestations jusqu’aux années 1970 où l’on m’a confié des rôles plus importants. En 1969, j’ai produit mon premier film, Z de Costa Gavras. C’était un réalisateur très impliqué, très à l’écoute de ce qui se passait sur la planète. Pendant un temps, mes productions étaient de caractère dit politique. Je me sentais à l’étroit dans ma vie d’acteur, passif dans ce que je faisais, appelé comme le sont les acteurs, au dernier moment. J’étais sur le plateau mais sans être concerné par tout ce qui fait le film, la préparation, la réflexion, l’écriture, la mise en place…ce qui est aussi exaltant que le moment du tournage. Le rôle d’acteur ne me suffisait pas et je me suis lancé dans la production. Je continue à passer d’un exercice à l’autre, c’est-à-dire aussi bien réalisateur, producteur, acteur… C’est toujours du cinéma. Et j’aime faire du cinéma. Vos dernières productions comme Océans ou Le peuple migrateur sont également « à l’écoute de la planète ». Pourquoi avoir choisi de produire des films engagés ? Ca c’est formidable ! J’entends rarement qualifier mes films d’engagés, or je considère que les films sur les animaux que j’ai produits ou réalisés l’étaient. Il y a trente ans je faisais des films sur les sociétés humaines, avec tous les conflits qui pouvaient exister. Il y a quarante ans le monde était divisé, il y avait des dictatures un peu partout. Depuis, tout a été bouleversé et il m’a semblé qu’un des thèmes majeurs aujourd’hui est la protection de l’environnement, de la nature, de la diversité. Je fais donc des films engagés de façon poétique et non rhétorique. Vous parlez de poésie, quelle a été votre contribution artistique en tant que producteur au moment de la réalisation de ces films ? Ma contribution a été totale. L’idée du sujet d’abord, puis j’ai réuni des spécialistes, des scientifiques, des collaborateurs… Ce sont des films d’équipe, qui se font à plusieurs. Je suis un peu le guide mais comme je n’y connais pas grand chose, j’ai fait appel à des gens qui ont du talent, des compétences, des connaissances. Vous présentez au festival un documentaire, L’empire du milieu du Sud, comment s’est déroulée la réalisation de ce film ? Le film que nous avons réalisé avec Eric Deroo évoque le Vietnam tout au long du vingtième siècle. Nous avons donc fait des recherches, un travail de restauration d’archives qui viennent du monde entier : du Vietnam, d’Amérique, d’Europe pour en faire une oeuvre composite, une sorte de mosaïque. Nous avons donc cherché à donner un sens à toutes ces images, nous avons pris le risque de ne pas savoir où nous allions pour nous laisser guider par tous ces documents. Au fur et à mesure de la construction de notre film, des sons, des musiques, des poèmes se sont imposés à nous.
Eric Deroo, co-réalisateur du film, prend la parole. Comme le disait Jacques notre démarche était artistique, pas documentaire. Il nous a fallu dix ans pour réaliser le film, à l’époque Internet n’était pas aussi répandu. Il fallait téléphoner, envoyer du courrier… La guerre du Vietnam a été une guerre extrêmement médiatique : chaque camp se battait à travers des images, envoyait des équipes. Cela faisait donc des centaines et des centaines de kilomètres de pellicule à rassembler et à visionner. Le festival concilie histoire et cinéma, pourquoi avez-vous choisi d’interpréter Louis XI, un personnage historique ? Il me semble que cela transparait dans le film. Louis XI avait un seul dessein : fédérer toutes les provinces pour créer une entité, le Royaume de France. Si l’on retrace l’histoire de la construction des Etats, je ne pense pas qu’ils aient été formés par des chants religieux et de la bonne volonté mais par l’autorité et la force. Ce projet novateur s’est fait aux dépens de quelques-uns, il a fallu faire preuve d’énergie, de stratégie, c’est admirable.
Lucie Moley – rédactrice chef adjoint Margot Dupin-Barrere – Jenna Lafon – Antonin Sassus |