Quand le Père Noël était rude et poilu.
Premier Noël dans les tranchées : un film documentaire de Michaël Gaumnitz qui relate les fraternisations de Noël 1914 entre soldats allemands et français.



Noël 1914, les soldats français observent avec leurs jumelles les tranchées allemandes. Ils découvrent avec stupéfaction un sapin de noël et commencent à entendre les soldats allemands chanter des chants de Noël qu’ils connaissent si bien. Débute la trêve de Noël de 1914 où les soldats des deux camps vont découvrir que l’ennemi est avant tout un homme, un père de famille tout comme eux, et qu’ils sont tous égaux face à la mort qui les guette. Méfiants au début, en voyant les soldats allemands brandir le drapeau blanc, les soldats français vont sortir de leurs tranchées et les rejoindre dans ce « no man’s land ».

Là, ils y échangent des vivres, chantent ensemble et se montrent mutuellement des photos de leur famille restée à l’arrière jusqu’à en oublier la guerre qui continue à faire des ravages à quelques centaines de mètres d’eux. Ce film nous donne la chance extraordinaire, au delà de l’aspect historique, de ressentir ce que vivent au quotidien les soldats dans les tranchées durant cette période de fête commune aux deux camps. Des reconstitutions, des photos et des correspondances mêlées à des documents historiques accentuent l’effet dramatique de la vie dans les tranchées. La musique est omniprésente tout au long du film, que ce soit pour accompagner le documentaire, ou pour montrer l’importance de celle-ci dans la vie des soldats. On l’entend également lors des combats, rythmée, tonitruante, alors que dans les moments les plus touchants, elle est beaucoup plus mélodieuse.

Bien qu’au début le réalisateur semble prendre parti pour les soldats français et anglais, on sent qu’au final il considère que tous les soldats se valent, car la boue, le froid, la faim n’épargnent aucun camp.

De plus, la vie dans les tranchées est la même pour tous, ils ont les mêmes occupations, les mêmes pensées pour leur famille et les mêmes espoirs. Au-delà de la temporalité historique du conflit, l’auteur se focalise et nous plonge au cœur de la quotidienneté d’un conflit qui ne fait que commencer. De chaque côté des tranchées, les soldats finissent par reconnaître en l’ennemi leur propre reflet.

Un regret tout de même, la voix off dramatise parfois de manière excessive l’horreur de la situation à travers un texte souvent dur et émouvant, mais avec l’emploi répété de mots tels que « horreur », « cadavres », « souffrance ». L’auteur Michaël Gaumnitz a plus recours au registre de l’émotion qu’à celui de l’analyse historique froide.

Ce documentaire, qui sort en même temps qu’un film grand public, Joyeux Noël, nous offre l’occasion de découvrir un moment mal connu de la Grande Guerre. Mais le Père Noël n’existait pas en 1914 et Jean Eustache n’était pas né.

Camille Alegre
Servane Bats
Audrey Lacombe
Jessica Mauhourat
Sophie Windhorst

 



---- Carton plein sur toile blanche
Record d'affluence pour la seizième édition du festival du film d'histoire. Premier chiffre à l'appui, les salles du cinéma Jean Eustache ne désemplissent pas. Le premier jour, plus de 1.500 spectateurs s'y sont précipités. Preuve que l'Europe demeure un sujet passionnant et la programmation de grande qualité.

 

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