Derrière le décor de la Maison haute…
Entre interviews et images d'archives, Pavel Lounguine retrace l'histoire étonnante d'un des symboles de la puissance soviétique : la Maison haute. Il s'interroge ainsi sur l'héritage légué par 70 ans de totalitarisme.


L'un des habitants actuels de la Maison haute

Toujours plus loin, toujours plus haut ! Telle aurait pu être la devise de Staline à l’époque de la construction de la Maison haute réalisée en l’honneur du dictateur. Rien n’est trop beau et trop haut pour le « le petit père des peuples ». C’est ainsi que la construction du plus haut gratte-ciel d'URSS débute en 1951 et s’achève en 1953, dans la sueur de milliers de prisonniers de guerre et des goulags.

Les portes à la fois trop grandes et trop lourdes de la Maison pour le commun des mortels symbolisent une volonté de domination et d’affirmation de la puissance stalinienne. L’architecture de cette construction, composée de tours de hauteurs différentes, représente la hiérarchie du pouvoir dictatorial. Au sommet de la plus haute des tours, une étoile est posée, emblème du régime.

Quelle image gardons-nous du Stalinisme ?
Puissance et terreur restent les maîtres mots pour décrire cette époque noire du communisme soviétique. Mais Pavel Lounguine insiste sur l’aspect contrasté de cette ère. Il nous présente ainsi le dédoublement de l’âme soviétique, partagée entre la peur et le bonheur, que Staline avait intelligemment su faire coexister, afin d’appuyer son pouvoir.

La Maison haute est en effet l’image de ce dédoublement suscitant à la fois l’admiration et la fierté de la population devant ce chef-d’œuvre, qui n’est pourtant pas sans lui rappeler l’effort harassant des prisonniers et l’exaltation du travail : valeur suprême pour un communisme figé dans la politique rigoriste Stalinienne.

Autre dichotomie présente dans la Maison haute :
Celle qui oppose la misère au luxe cohabitant pourtant dans la demeure. Le réalisateur s’efface pour nous plonger dans l’intimité des habitants qu’il est allé rencontrer : un savant, une costumière de théâtre, l’inventeur des missiles SS20, un membre aisé de la British Petroleum revenu vivre à Moscou après des années d’exil, l’arrière petit fils du créateur de la Tcheka devenu le KGB…Tous habitent la Maison haute. On découvre alors leur quotidien, leurs petites querelles et les contrastes flagrants qui existent entre eux.

En effet, les riches privilégiés, d’abord les membres de la Nomenklatura, puis aujourd’hui leurs descendants, déambulent à travers les quatre restaurants et les boutiques de l’immeuble, alors que, la costumière se bat depuis 20 ans contre les rats, les mouches, les fuites d’eau et les travaux perpétuels, dans un désordre indescriptible.

Malgré ces divergences, la grande demeure reste incontestablement l’une des plus belles traces de la puissance de celui qui représente à la fois le père, le tsar et le dieu. Il reste ainsi un véritable héros dans la mémoire des survivants de l’époque et se transmet de nos jours à toute la population.

C’est ainsi que les petites filles de l’école maternelle de ce gigantesque bâtiment se trouvent au milieu de la salle de classe chantant et défilant comme au temps du dictateur, ou bien encore que le coiffeur de la Maison haute reste influencé par le fantôme de l’habitation.

Ce documentaire présente un véritable intérêt notamment par l’originalité du montage. Le documentariste n’est pas dupe de ces symboles que le régime tente d’imposer pour asseoir son autorité.

« La vie en rose » comme fond musical de la puissance du régime stalinien  : ironie ou nostalgie ? C’est aujourd’hui Poutine qui lui a succédé, marquant clairement son opposition au régime communiste, ayant opté pour une politique capitaliste.

Reste pourtant un paradoxe !

Poutine cherche lui aussi à édifier un gratte-ciel plus haut que celui de Staline et soit dit en passant le plus haut d’Europe.
Perdus entre deux époques, les Moscovites se cherchent encore.
L’utopie du partage total laisse peu à peu place à un individualisme grandissant.

Quel nouvel homme se profile alors pour les années à venir et quel sera son fameux « code moral » ?
En un mot quel avenir pour la Russie ?

Autant de questions pointées intelligemment par ce documentaire audacieux, qui fait alterner interviews des habitants de la Maison haute et images de l’époque stalinienne, parsemé de notes d’humour et de tendresse…


Marie Crombet
Mélanie Laplace
Marion Baudin

 

 



---- Carton plein sur toile blanche
Record d’affluence pour la seizième édition du festival du film d’histoire. Premier chiffre à l’appui, les salles du cinéma Jean Eustache ne désemplissent pas. Le premier jour, plus de 1.500 spectateurs s’y sont précipités. Preuve que l’Europe demeure un sujet passionnant et la programmation de grande qualité.

 

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