Kizu, horreurs en eaux troubles
De 1938 à 1945 en Mandchourie, un centre officiellement dédié à la purification de l’eau cache un laboratoire secret d‘expérimentation sur des êtres humains. Expérimentations qui feront des milliers de victimes.


Serge Viallet, réalisateur

« L’unité 731 est une plaie (kizu en japonais) béante dans la mémoire collective japonaise ». Tels sont les mots de Serge Viallet, réalisateur du documentaire qui a passé cinq ans de sa vie à chercher des indices, des témoins, à collecter des informations sur les agissements inhumains, soigneusement tus par les anciens employés de l’unité 731. Au soir de leur vie, ce sont eux qui révèlent leurs secrets. Confessions difficiles d’hommes ayant souffert toute leur vie des tortures dont ils ont été les bourreaux et qui, aujourd’hui, sont travaillés par leur conscience.

Le documentaire relate l’installation du Centre à Harbin, alors annexée par le Japon durant la Seconde Guerre Mondiale, l’arrestation et l’acheminement de milliers de prisonniers vers le Centre, leurs conditions de détention et les ignominies dont ils ont fait l’objet.

Considérés comme du « matériel d’ex-périmentation », appelés « bûches » par leurs tortionnaires, ils étaient soumis à différents tests chimiques destinés à l’élaboration de nouvelles armes biologiques. D’autres étaient disséqués vivants pour la formation des médecins militaires japonais. Les cadavres étaient brûlés pour ne laisser aucune trace. Aucun détenu ne survivra. Aucun responsable ne sera jugé. On est saisi de voir que certains membres de l’unité devenaient eux-mêmes sujets d’expérimentation s’ils attrapaient une maladie.

Serge Viallet nous emmène sur les ruines de cette tragédie qui ne laissent pas soupçonner les horreurs passées. Il alterne témoignages forts, reconstitutions à l’aide de statuettes et images des vestiges sans jamais tomber dans le sordide. C’est une des forces du film, qui sait suggérer l’horreur sans la montrer.

De plus, Serge Viallet nous fait remonter la funeste piste de la fabrication des armes biologiques, l’unité devient un « monstre tentaculaire» symbole de l’implacable détermination de l’armée nipponne, prête à tout pour gagner la guerre.

Ce film pose de vraies questions d’éthique sur la recherche scientifique, en particulier la recherche sur des cobayes. Jusqu’où peut-on aller pour la science ? Avec quels modes d’expérimentation ? A quel prix ?

Kizu ou 50 minutes de témoignage d’une situation unique en son genre : aucun survivant. 50 minutes poignantes de souffrance et de mort. 50 minutes qui font resurgir les fantômes de l’unité 731.

« Même si Masataka Mori, mon ami historien qui a participé à ce film, reçoit toujours des menaces, l’essentiel pour nous est de faire la lumière sur cette sombre page de l’Histoire japonaise »,. Conclut le réalisateur.

Laurent Barradat
Elsa Baysse
Pierre Cazeaux
Baptiste Couvy Duchesne

 



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