Salfati, témoin du monde
Pierre Henry Salfati, membre du jury du festival , a su charmer son auditoire par le récit de sa vie sur un fond de 9ème symphonie … Plein d’humour et de pertinence, ce réalisateur nous fait part de ses petites anecdotes en répondant à nos questions d’une manière grandement conviviale, tel un vrai spécialiste !

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le cinéma ?
  J’ai fait beaucoup d’études qui n’ont rien à voir avec le cinéma : architecture, philosophie, histoire ou encore sociologie .J’ai à peu près 20 ans d’étude derrière moi et je fais ce métier sans avoir fait d’école .Comme on dit : quand on ne sait pas quoi faire , on fait des films ! Ma vraie spécialité, c’est de ne pas être un spécialiste !
La meilleure école, c’est comme apprendre à nager, on se jette à l’eau…
Voir beaucoup de films est la meilleure chose que l’on puisse faire. Car c’est tout ce qu’il ne faut pas faire ou alors c’est essayer de faire la même chose .

Il y a une magie dans ce métier, il y a une technique, du désir , des images et il faut savoir jongler avec toutes ces nuances .Grosso modo, j’y connais rien au cinéma ! ! 

Vous avez commencé votre carrière en 1983. Pensez -vous que le cinéma a fondamentalement changé depuis ?
De façon fondamentale, c’est toujours la même démarche : il y a toujours des films aussi profonds, aussi polémiques et aussi drôles, mais formellement les choses changent . Aujourd’hui, lors du montage, on fait en un jour ce que l’on faisait en cinq semaines . 

 

 

 

Comment expliquez-vous que le documentaire prenne une place aussi importante de nos jours ?
  La fiction essaie de faire croire que les choses sont éternelles mais ses artifices ont fait leur temps. Aujourd’hui, les gens savent qu’on leur ment, par exemple dans les informations, ils ont envie de choses plus justes et plus vraies . Donc la richesse du rapport humain du documentaire n’a rien à voir avec le faux rapport des acteurs .

Le retour au documentaire est sans doute, enfin pour moi , le fait que l’authenticité est en train de signifier sa nécessité . Cependant la fiction a encore de belles heures devant elle . 

Pourquoi avez-vous choisi la Neuvième symphonie de Beethoven comme sujet de votre documentaire ?
  Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et déjà la personnalité de ce compositeur, de cet individu, lorsqu’on la découvre à travers la lecture et la musique, est tout à fait saisissante. Ce personnage, qui a l’air invincible , s’avère étonnamment tout à fait fragile. Donc c’est en fait d’abord un intérêt personnel pour la musique et pour le personnage . Et puis c’est également un sujet en or car Beethoven s’est très vite imposé comme musicien politique. Il avait cette ambition de réformer l’humanité. C’est un élément unique dans l’histoire de la musique, il n’y a pas d’œuvre comparable à celle-là : la Neuvième symphonie a pour mission que tous les hommes deviennent frères .Tous les systèmes de pensée, aussi opposés soient-ils, s’y sont reconnus .

C’est aujourd’hui l’hymne européen, et cela ne fait que correspondre à la vision de Beethoven qui était européenne .Donc voilà, Beethoven c’est d’une part la musique elle-même, son histoire, plus l’ambition politique . Une telle association de la politique et de la musique permet à cette oeuvre de traverser l’histoire .

 

Une question plus personnelle : vous sentez-vous citoyen européen ?
Oh my god ! ! ! Quelle question ! !
Je n’y avais jamais réfléchi. J’habite à New York enfin ….j’habite aussi à Paris et en Israël. Donc en fait j’habite dans trois pays. Je ne me sens pas Européen, je me sens citoyen du monde . C’est quand même étrange, sans être géopoliticien, de voir qu’après soixante ans de communisme, un état, composé de plusieurs états, ait implosé voilà quelques années, et qu’à côté les Européens veuillent faire ce que la Russie a raté, même si ce n’est pas tout à fait le même contexte.

Donc par le métier que j’exerce , dont l’avantage est de pouvoir rencontrer l’humanité, je me sens plus concerné par le monde que par la France ou bien l’Europe .

Avez-vous des conseils à nous donner ?
 Le meilleur conseil c’est : prends tout ce que tu peux prendre , lis tout ce que tu peux lire ! Mais en général, il y a deux choses majeures pour se construire, c’est la communication avec les autres : apprends tout de suite beaucoup de langues, c’est un trésor inestimable et donc si vous parlez anglais , arabe , chinois ou russe, c’est une richesse incroyable.

Et donc combien de langues parlez-vous  ?
 Seize, mais toutes en français ! Plus sérieusement, j’en parle trois ou quatre.
L’autre conseil c’est de lire un maximum de choses : le mieux c’est au moins un livre par semaine. Et en fait celui qui en lit un par semaine, il peut en lire deux par semaine !
Ce sont des conseils à vie, des choses vitales . 

Laplace Mélanie
Crombet Marie
Baudin Marion

 



---- Fréquentation en hausse
Certains films tels que Good bye Lenin !, L’auberge espagnole, L’aveu déjà diffusés sur grand écran, qui ont fait carton plein, a-t-on appris de source officielle mais anonyme. En revanche, Saddam Hussein, histoire d’un procès annoncé ou encore Déjà s’envole la fleur maigre, ont attiré un public plus confidentiel. Autre bilan très positif : si les activités sous le chapiteau ont rassemblé un bon nombre de curieux, les projections ont connu un plus vif succès.

 

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