Le néoréalisme : quand l'histoire fait son cinéma
Au cours d'une conférence claire et vivante, Charlotte Garson journaliste aux Cahiers du Cinéma a conquis un public lycéen réceptif au néoréalisme italien.

C’est devant une salle remplie de jeunes lycéens que Charlotte Garson expose son approche du néoréalisme, dont le terme galvaudé reste flou et difficile à définir. Ce mouvement cinématographique propre à l’Italie est né au sortir de la seconde Guerre Mondiale en réaction au cinéma bourgeois et fasciste des années trente, qui ne représentait qu’une utopie hypocrite de la réalité.

Le néoréalisme apparaît au cinéma, en 1945 avec la trilogie de Rossellini : Rome ville ouverte, Paisà et Allemagne année zéro.

Pour illustrer ses propos, Charlotte Garson choisit d’en diffuser quelques extraits, dont le premier, issu de Rome ville ouverte, introduit la critique de la rhétorique dans le cinéma néoréaliste .

« Vous les Italiens vous êtes des malades de la rhétorique », cette réplique significative de l’extrait symbolise la critique que Rossellini adresse au cinéma d’avant-guerre utilisant les artifices de cet art pour la propagande.

Ce réalisateur s’oppose radicalement à cette tradition de la rhétorique chez le peuple italien. Le néoréalisme se veut un cinéma nouveau guidé par un désir d’authenticité à travers des formes et des moyens inédits. Contrairement au cinéma bourgeois et au peplum des années 30, le néoréalisme est confronté à des difficultés matérielles importantes : les studios sont réquisitionnés, ce qui contraint les réalisateurs à tourner en décors naturels, les pellicules se font rares. De la faiblesse des moyens se dégage une émotion d’autant plus sincère.

Ce cinéma a une vocation humaniste, et il s’interroge sur la part d’humanité qui subsiste en chacun après les violences de la guerre. Les gros plans sont nombreux afin de retranscrire les émotions du visage et les enfants jouent un rôle primordial dans des films comme Sciuscià et le Voleur de bicyclette. L’enfant est en effet « une conscience qui s’éveille au présent et à l’avenir », dont l’innocence, portée par l’espoir permet la reconstruction morale et matérielle.

 

Lors de sa conférence, la jeune journaliste s’attache à rétablir la vérité sur certaines idées reçues à propos du néoréalisme .Elle dément tout d’abord l’idée selon laquelle ce serait un mouvement théorique concerté. Elle s’oppose également aux discours qui qualifient tous les films sociaux de néoréalistes. Enfin, elle réfute la vulgate selon laquelle le néoréalisme serait définitivement lié au documentaire : dans les films de fiction néoréalistes, les acteurs (professionnels ou non) sont mis en scène.

Charlotte Garson termine sa conférence en faisant le lien entre le cinéma néoréaliste et le cinéma d’aujourd’hui avec le film le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, dans lequel joue un véritable SDF polonais face à Nathalie Baye. Le résultat est d’un réalisme étonnant et Charlotte Garson partage la conviction de Beauvois qu’aucun acteur n’aurait pu rendre le personnage aussi authentique.

L’intervention de Charlotte Garson a été suivie de la projection de Allemagne année zéro , film saisissant, parfaite illustration du brillant discours de la journaliste.

Marion Baudin
Marie Crombet
Mélanie Laplace

 



---- Lycéens marseillais à Pessac
Une trentaine d’élèves de première du lycée Les Maristes de Marseille sont venus passer trois jours sur le festival grâce à l’initiative personnelle de leur professeur Judith Rouan, conquise l’an dernier par l’esprit ouvert de la manifestation. Ils ont ainsi pu assister aux projections de plusieurs films et débats. Une première qui mérite d’être saluée.

 

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