Blessures AlgériennesLors de la conférence « Droit et justice pendant la guerre d’Algérie », Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Tramor Quemeneur, spécialistes dans ce domaine, ont participé au débat animé par Jean-Marie Tixier. Dès 14h15, la salle est comble. Il ne reste plus une seule place, au désespoir des retardataires. Le débat commence. Sylvie Thénault prend la parole. Celle-ci axe son discours sur la mise en place de lois permettant l’action du tribunal militaire lors des « événements d’Algérie ». Il prononcera ainsi froidement et près de deux cents fois la peine capitale. Une sentence impitoyable justifiée par l’état de guerre qui vient d’être déclaré. Le sujet passionne, le public écoute avec attention les intervenants. C’est alors à Raphaëlle Branche de prendre la parole : « Il existe trois types de méthodes utilisées par les français, souligne l’historienne. Tout d’abord,les violences légales, c’est à dire tuer par légitime défense. Les exécutions sommaires – tirer dans le dos d’un fuyard – ne sont-elles que « tolérées ». Quant aux bombardements au napalm, qui touchent les membres du FLN autant que les civils, ils sont totalement proscrits. Le napalm est camouflé dans des « bidons spéciaux », pour garder son utilisation ultra-secrète et le cacher aux yeux du monde ». Raphaëlle Branche revient ensuite sur la torture, abordée auparavant par Sylvie Thénault. Ce supplice, toléré durant la guerre d’Algérie mais gardé secret car moralement indéfendable, était pratiqué pour extorquer des informations. Aucun tortionnaire n’a été jugé. La question de la torture, encore brûlante aujourd’hui, a été abordée de nombreuses fois au cours de ce débat. « Pour lutter contre ces atrocités et l’injustice de cette guerre, des réseaux clandestins se forment », nous précise Tramor Quemener, chercheur au CNRS. Mais ces réseaux sont vite démantelés et les résistants arrêtés. Cependant, l’action de ces combattants tant français qu’algériens dénote la présence d’un mouvement de protestation. A l’image de Louis Lancoin, du réseau des « Objecteurs de conscience », nombreux sont les anonymes et les personnalités qui se mobiliseront jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. « Des questions ? » demande alors Jean-Marie Tixier. C’est d’abord un rapatrié d’Algérie qui reproche aux intervenants de ne pas avoir traité les horreurs commises par le FLN. Dans une ambiance alors tendue, les intervenants réagissent avec calme et lui expliquent qu’ils ont voulu limiter le débat. Plusieurs personnes qui ont connu cette période ont ensuite pris la parole, soit pour approfondir le sujet, soit pour donner leur point de vue. Le débat a permis au public d’en apprendre un peu plus sur la guerre d’Algérie, conflit entre les autorités françaises et les indépendantistes algériens. Cependant, il reste encore de nombreuses choses à accepter de ce sujet complexe et controversé. Le temps des blessures n’est pas terminé. Louis Leguillette – rédacteur chef adjoint Fanny Ponsard – Sébastien Milon – Matthieu Roucher |